L’image du
peintre Renoir est incontestablement
associée à celle de ses mains déformées par des
rhumatismes bilatéraux et
symétriques. En retracer
l’observation médicale
devrait être utile pour
définir et préciser la maladie dont était affecté
Renoir.
Tout le
monde sait que Renoir était atteint de rhumatismes qui affectaient plus particulièrement
ses mains. Reconnus sans ambiguïté de nos jours comme étant la
manifestation essentielle de la polyarthrite chronique évolutive ou polyarthrite rhumatoïde, les connaissances que l’on avait sur le sujet au 19è
siècle, laissaient le médecin face à un grand mystère. Jean Renoir rapporte que
tous les jours le chauffeur de son
père, arrivait aux Collettes avec un
nouveau médecin :
« Ce dernier examinait Renoir, hochait la
tête et déclarait que la science ignorait tout de cette forme de Rhumatismes »
Trois affections dont le tableau clinique
est très proche : arthrose, goutte et polyarthrite chronique évolutive
n’étaient pas encore nettement séparées et, étaient englobées sous le terme d’arthritisme.
* De son début en 1897 jusqu’à la veille de
mourir ces rhumatismes étaient toujours présents. Cette chronicité avait été marquée par une évolution inexorable de la
maladie
Pour
identifier le plus clairement possible les Rhumatismes de Renoir, à défaut de
pouvoir consulter un dossier médical, nous nous sommes basé sur l’analyse des
écrits d’art le concernant. Chemin faisant, s’il était relativement facile de
décrire les symptômes de la maladie de Renoir (présent message), il n’en
était plus de même pour identifier la nature de la maladie ou pour mesurer
son incidence dans la
pratique de son art. (Nature et incidence seront traitées dans un prochain
message).
La Maladie
Les antécédents médicaux de Renoir notent la survenue
d’une fracture du bras droit en 1880. Gustave Coquiot parlait déjà en 1882
de rhumatismes qui n’avaient rien nous semble
t-il de commun avec les manifestations ultérieures. Plus que de rhumatisme il
s’agissait d’un sujet rhumatisant dont les articulations le faisaient souffrir par
temps froid et humide, conditions climatiques auxquelles Renoir était particulièrement
sensible.
* En
fait les rhumatismes semblent avoir
commencés au décours d’une chute de vélo le 10 août 1897. Un traumatisme considéré
par certains comme déclencheur ou révélateur :
« En 1897 il se casse le bras droit lors d'une
chute de bicyclette, ce qui déclenchera ses premières crises de rhumatisme musculaire … qui le paralyseront peu à peu et le feront
souffrir jusqu'à la fin de sa vie ».
Après cet
accident les écrits, qui parlaient des rhumatismes
de Renoir, étaient assez nombreux. Certains précisant leur existence, d’autres
identifiant symptômes et aspects évolutifs de la maladie.
Peu de temps après, l’accident, Renoir rendait visite à Paul Cézanne au Jas de
Bouffan
« ...
c'est là qu'il commence à ressentir les premières atteintes de rhumatismes dont il souffrira
jusqu'à la fin de sa vie. »
Selon Sophie Monneret :
« En décembre 1897, une violente crise de rhumatisme, interrompra de nouveau
son activité intense dont témoignent les salons de 1898 et 1899, où il
disposera d’une salle entière. »
« Puis
ses sacrés rhumatismes ne
s'amélioraient décidemment pas sous l'ordinaire temps parisien de ce moment de
l'année : froid, pluie, brouillard et neige »
« A
partir de 1899 il commence à vivre dans le Sud en raison de ses rhumatismes. »
Sur la base
de l’existence des rhumatismes, le
parcours des différents écrits concernant Renoir, fait apparaître les symptômes
fondamentaux de sa maladie.
*
Ce que l’on sait de ses rhumatismes dont les premières manifestations
sont apparues au décours d’un accident, c’est qu’ils avaient débutés sur le mode aigu affectant initialement les
mains. Dans les années 1897, 1898 :
« Après
ses séjours à Berneval et Essoyes en 1897 et 1898 Renoir est atteint d'une
crise de rhumatisme aigu. Ce
mal s’amplifiera au fil des année et finira par transformer ses mains.»
*
Ce rhumatisme à début brutal attaquera plusieurs autres articulations, (genoux, rachis cervical, membres supérieurs
etc.) au cours de l’évolution, classant la maladie dans le cadre nosologique de
rhumatisme polyarticulaire. Dans une lettre de Mallarmé adressée à Berthe Morisot en 1889, il lui
apprenait que Renoir allait mieux après le coup de froid qu'il avait eu
l'hiver 1888-1889. Pourtant :
« Un
état de santé pénible qu'on eut crût définitif n'aura été qu'un mauvais tour de
froid sans suite. Malheureusement il n'en est rien et les douleurs rhumatismales dont
souffre alors Renoir au bras
et à la tête sont les
prémices du mal qui fera de la fin de sa vie un supplice. »
*
La notion de douleurs
fréquemment rapportées s’accorde avec la nature inflammatoire de la maladie. Roger
Marx dans sa Biographie sur Renoir en fait état :
« Dès 1889 on signale les premières
atteintes des douleurs
qui, plus tard, l'immobiliseront sans toutefois l'empêcher de peindre. Ces
tortures n'auront point d'écho dans son art. »
* De son début en 1897 jusqu’à la veille de
mourir ces rhumatismes étaient toujours présents. Cette chronicité avait été marquée par une évolution inexorable de la
maladie
qui allait :
1) déformer ses mains,
« il souffre de plus en plus de
rhumatismes qui lui déforment
les bras et les mains. »
« D'année en année sa figure s'émaciait
et ses mains se recroquevillaient. »
« Ses mains étaient affreusement déformées.
Les rhumatismes avaient fait craquer les articulations repliant le pouce vers
la paume et les autres doigts vers le poignet. Les visiteurs non habitués ne
pouvaient détachés leurs yeux de cette mutilation. »
2) immobiliser Renoir du fait de l’extension de la
maladie aux jambes,
« la
maladie raidit ses
articulations, ossifie
ses mains et ses jambes, l'immobilise de plus en plus souvent »
« Au
moment où il commença le portrait de Missia Godebska Edwards, mon père venait
de traverser la plus terrible crise de rhumatisme qu'il eût éprouvé. Ses mains
se déformèrent un peu plus... il se bourrait d'antipyrine et autres drogues et
ne mangeait presque rien... certains jours il se sentait tellement ankylosé qu'il devait s'aider de
deux cannes pour parcourir les quelques centaines de mètres de la maison à
l'atelier. »
« En
1912 la paralysie s’accentue. Rayonnant
malgré la douleur, et d'une effrayante maigreur, il voit en même temps son génie s'enhardir et son
corps se pétrifier. Ses mains recroquevillées ne peuvent plus rien saisir ; elles agrippent
le pinceau plus qu'elles ne le tiennent. Sa peau est devenue tellement tendre que le contact du bois le
blesse. Alors on lui met dans le creux de la main et entre les phalanges, un
morceau de toile fine qui donne l'étrange impression qu'on lui a lié le pinceau
à la main ».
« Avant qu'il ne soit paralysé sa taille
était de 1.76. A la fin en admettant qu'on ait pu le redresser, pour le
mesurer, il eût sans doute était un peu
plus petit, sa colonne vertébrale s'étant
légèrement tassée. »
Nous voilà
face à une maladie qui réunissait un certain nombre d’éléments : un début
brutal, des mains déformées et douloureuses, une atteinte polyarticulaire symétrique et bilatérale, la chronicité d’une évolution marquée par le
retentissement sévère tant sur le plan fonctionnel que général. L’ensemble de
ses manifestations pouvaient appartenir à n’importe lequel des rhumatismes chroniques
inflammatoires. Le démembrement de tels rhumatismes commençait, à s'individualiser à la fin XIXe siècle : trois maladies l’arthrose, la goutte
et la polyarthrite chronique évolutive. Cette dernière étant la plus proche de
la pathologie que présentait Pierre Auguste Renoir.
Bibliographie.
Générale pour le message
présent et le suivant.
<!--[if !supportLists]-->1. <!--[endif]-->ANDERSEN
Janice - La vie et l'œuvre de Renoir -
Bidgeman Art Library, 1994.
<!--[if !supportLists]-->2. <!--[endif]-->ARON E.,
FLOUSSAED-BLANPINO. - La thérapeutique médicamenteuse à l'époque de Balzac.
Sem. Hôpitaux. Paris 1999 ; 75 : n°35-36, 1437-1445.
<!--[if !supportLists]-->3. <!--[endif]-->ASCH L. -
Les médications rhumatismales. Une histoire édifiante. Sem. Hôpitaux. Paris
1996 ; 72 : n°19-20n 622-624.
<!--[if !supportLists]-->4. <!--[endif]-->BOUCHET B.
- Le Rhumatisme en France au siècle dernier (1830-1890). Médecine et armées,
1994, 22, 7, 563-566.
<!--[if !supportLists]-->5. <!--[endif]-->COQUIOT
Gustave - Renoir (avec 32 reproductions)
Editeur Albin Michel, Paris, 1925.
<!--[if !supportLists]-->6. <!--[endif]-->DENVIR
Bernard - Chronique de l'impressionnisme - L'histoire d'un mouvement jour après
jour, Editions de la Martinière, 1993.
<!--[if !supportLists]-->7. <!--[endif]-->Dictionnaire
Universel de la Peinture - Le Robert, tome 5,
<!--[if !supportLists]-->8. <!--[endif]-->DURET
Théodore - Anciens et Modernes - Histoire des peintres impressionnistes, 4è
édition, Librairie Floury, Paris 1939.
<!--[if !supportLists]-->9. <!--[endif]-->GODEAU
Pierre - Traité de médecine - Flammarion Médecine-Sciences, 1981.
<!--[if !supportLists]-->10. <!--[endif]-->GIMPEL René
- Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, Paris 1963
<!--[if !supportLists]-->11. <!--[endif]-->HUISMAN
George - Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs p.
690, Benezit, Tome 8, Editions Gründ.
<!--[if !supportLists]-->12. <!--[endif]-->LAGIER R. -
Quelques citations concernant des rhumatismes célèbres, référence pour les
patients d'aujourd'hui. Sem. Hôpitaux. Paris, 1996 ; 72 : n° 29-30, 943-945.
.png)

















