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25 août 2012

Renoir : un peintre de courage


L’image du peintre Renoir est incontestablement 
associée à celle de ses mains déformées par des 
rhumatismes bilatéraux et symétriques. En retracer 
l’observation médicale  devrait être utile pour 
définir et préciser la maladie dont était affecté 
Renoir.

Tout le monde sait que Renoir  était atteint de rhumatismes qui affectaient plus particulièrement ses mains. Reconnus sans ambiguïté de nos jours comme étant la manifestation essentielle de la polyarthrite chronique évolutive ou polyarthrite rhumatoïde, les connaissances que l’on avait sur le sujet au 19è siècle, laissaient le médecin face à un grand mystère. Jean Renoir rapporte que tous les jours  le chauffeur de son père,  arrivait aux Collettes avec un nouveau médecin :
«  Ce dernier examinait Renoir, hochait la tête et déclarait que la science ignorait tout de cette forme de Rhumatismes » 

Trois affections dont le tableau clinique est très proche : arthrose, goutte et polyarthrite chronique évolutive n’étaient pas encore nettement séparées et, étaient englobées sous le terme d’arthritisme.


Pour identifier le plus clairement possible les Rhumatismes de Renoir, à défaut de pouvoir consulter un dossier médical, nous nous sommes basé sur l’analyse des écrits d’art le concernant. Chemin faisant, s’il était relativement facile de décrire les symptômes de la maladie de Renoir (présent message), il n’en était plus de même pour identifier la nature de la maladie ou pour mesurer son incidence dans la pratique de son art. (Nature et incidence seront traitées dans un prochain message).

La Maladie

        Les antécédents médicaux de Renoir notent la survenue d’une fracture du bras droit en 1880. Gustave Coquiot parlait déjà en 1882 de  rhumatismes qui n’avaient rien nous semble t-il de commun avec les manifestations ultérieures. Plus que de rhumatisme il s’agissait d’un sujet rhumatisant dont les articulations le faisaient souffrir par temps froid et humide, conditions climatiques auxquelles Renoir était particulièrement sensible.

      *  En fait les rhumatismes semblent avoir commencés au décours d’une chute de vélo le 10 août 1897. Un traumatisme considéré par certains comme déclencheur ou révélateur :
« En 1897 il se casse le bras droit lors d'une chute de bicyclette, ce qui déclenchera ses premières crises de rhumatisme musculaire  … qui le paralyseront peu à peu et le feront souffrir jusqu'à la fin de sa vie ».
Après cet accident les écrits, qui parlaient des rhumatismes de Renoir, étaient assez nombreux. Certains précisant leur existence, d’autres identifiant symptômes et aspects évolutifs de la maladie.
         Peu de temps après, l’accident,  Renoir rendait visite à Paul Cézanne au Jas de Bouffan  
« ... c'est là qu'il commence à ressentir les premières atteintes de rhumatismes dont il souffrira jusqu'à la fin de sa vie. »
         Selon Sophie Monneret :
« En décembre 1897, une violente crise de rhumatisme, interrompra de nouveau son activité intense dont témoignent les salons de 1898 et 1899, où il disposera d’une salle entière. »
« Puis ses sacrés rhumatismes ne s'amélioraient décidemment pas sous l'ordinaire temps parisien de ce moment de l'année : froid, pluie, brouillard et neige »
«  A partir de 1899 il commence à vivre dans le Sud en raison de ses rhumatismes. » 

Sur la base de l’existence des rhumatismes, le parcours des différents écrits concernant Renoir, fait apparaître les symptômes fondamentaux de sa maladie.

      *  Ce que l’on sait de ses rhumatismes dont les premières manifestations sont apparues au décours d’un accident, c’est qu’ils avaient débutés sur le mode aigu affectant initialement les mains. Dans les années 1897, 1898 :
«  Après ses séjours à Berneval et Essoyes en 1897 et 1898 Renoir est atteint d'une crise de rhumatisme aiguCe mal s’amplifiera au fil des année et finira par transformer ses mains.»  

     *  Ce rhumatisme à début brutal attaquera plusieurs autres articulations,  (genoux, rachis cervical, membres supérieurs etc.) au cours de l’évolution, classant la maladie dans le cadre nosologique de rhumatisme polyarticulaire. Dans une lettre de Mallarmé adressée à  Berthe Morisot en 1889, il  lui  apprenait que Renoir allait mieux après le coup de froid qu'il avait eu l'hiver 1888-1889. Pourtant :
« Un état de santé pénible qu'on eut crût définitif n'aura été qu'un mauvais tour de froid sans suite. Malheureusement il n'en est rien et les douleurs rhumatismales dont souffre alors Renoir au bras et à la tête sont les prémices du mal qui fera de la fin de sa vie un supplice. »

     *  La notion de douleurs fréquemment rapportées s’accorde avec la nature inflammatoire de la maladie. Roger Marx dans sa Biographie sur Renoir en fait état :
 « Dès 1889 on signale les premières atteintes des douleurs qui, plus tard, l'immobiliseront sans toutefois l'empêcher de peindre. Ces tortures n'auront point d'écho dans son art. »

     *  De son début en 1897 jusqu’à la veille de mourir ces rhumatismes étaient toujours présents. Cette chronicité avait été marquée par une évolution inexorable de la maladie 
                                         qui allait : 



1) déformer ses mains,
 « il souffre de plus en plus de rhumatismes qui lui déforment les bras et les mains. »
 « D'année en année sa figure s'émaciait et ses mains se recroquevillaient»
« Ses mains étaient affreusement déformées. Les rhumatismes avaient fait craquer les articulations repliant le pouce vers la paume et les autres doigts vers le poignet. Les visiteurs non habitués ne pouvaient détachés leurs yeux de cette mutilation. »
                            2) immobiliser  Renoir du fait de l’extension de la maladie aux jambes,
« la maladie raidit ses articulations, ossifie ses mains et ses jambes, l'immobilise  de plus en plus souvent »
« Au moment où il commença le portrait de Missia Godebska Edwards, mon père venait de traverser la plus terrible crise de rhumatisme qu'il eût éprouvé. Ses mains se déformèrent un peu plus... il se bourrait d'antipyrine et autres drogues et ne mangeait presque rien... certains jours il se sentait tellement ankylosé qu'il devait s'aider de deux cannes pour parcourir les quelques centaines de mètres de la maison à l'atelier. » 
« En 1912 la paralysie  s’accentue. Rayonnant malgré la douleur, et d'une effrayante maigreur, il voit en même temps son génie s'enhardir et son corps se pétrifier.  Ses mains recroquevillées ne peuvent plus rien saisir ; elles agrippent le pinceau plus qu'elles ne le tiennent. Sa peau est devenue tellement tendre que le contact du bois le blesse. Alors on lui met dans le creux de la main et entre les phalanges, un morceau de toile fine qui donne l'étrange impression qu'on lui a lié le pinceau à la main ».
                      3) altérer gravement son état fonctionnel et général. Selon Jean Renoir 
« Avant qu'il ne soit paralysé sa taille était de 1.76. A la fin en admettant qu'on ait pu le redresser, pour le mesurer, il eût sans doute était  un peu plus petit, sa colonne vertébrale s'étant  légèrement tassée. »

Nous voilà face à une maladie qui réunissait un certain nombre d’éléments : un début brutal, des mains déformées et douloureuses, une atteinte   polyarticulaire symétrique et bilatérale, la  chronicité d’une évolution marquée par le retentissement sévère tant sur le plan fonctionnel que général. L’ensemble de ses manifestations pouvaient appartenir à n’importe lequel des rhumatismes chroniques inflammatoires. Le démembrement de tels rhumatismes commençait, à s'individualiser à la fin XIXe siècle : trois maladies l’arthrose, la goutte et la polyarthrite chronique évolutive. Cette dernière étant la plus proche de la pathologie que présentait Pierre Auguste Renoir.

Bibliographie. Générale pour le message présent et le suivant.
<!--[if !supportLists]-->1.       <!--[endif]-->ANDERSEN Janice - La vie et l'œuvre  de Renoir - Bidgeman Art Library, 1994.
<!--[if !supportLists]-->2.       <!--[endif]-->ARON E., FLOUSSAED-BLANPINO. - La thérapeutique médicamenteuse à l'époque de Balzac. Sem. Hôpitaux. Paris 1999 ; 75 : n°35-36, 1437-1445.
<!--[if !supportLists]-->3.       <!--[endif]-->ASCH L. - Les médications rhumatismales. Une histoire édifiante. Sem. Hôpitaux. Paris 1996 ; 72 : n°19-20n 622-624.
<!--[if !supportLists]-->4.       <!--[endif]-->BOUCHET B. - Le Rhumatisme en France au siècle dernier (1830-1890). Médecine et armées, 1994, 22, 7, 563-566.
<!--[if !supportLists]-->5.       <!--[endif]-->COQUIOT Gustave - Renoir (avec 32 reproductions)  Editeur Albin Michel, Paris, 1925.
<!--[if !supportLists]-->6.       <!--[endif]-->DENVIR Bernard - Chronique de l'impressionnisme - L'histoire d'un mouvement jour après jour, Editions de la Martinière, 1993.
<!--[if !supportLists]-->7.       <!--[endif]-->Dictionnaire Universel de la Peinture - Le Robert, tome 5,
<!--[if !supportLists]-->8.       <!--[endif]-->DURET Théodore - Anciens et Modernes - Histoire des peintres impressionnistes, 4è édition, Librairie Floury, Paris 1939.
<!--[if !supportLists]-->9.       <!--[endif]-->GODEAU Pierre - Traité de médecine - Flammarion Médecine-Sciences, 1981.
<!--[if !supportLists]-->10.    <!--[endif]-->GIMPEL René - Journal d'un collectionneur marchand de tableaux, Paris 1963
<!--[if !supportLists]-->11.    <!--[endif]-->HUISMAN George - Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs p. 690, Benezit, Tome 8, Editions Gründ.
<!--[if !supportLists]-->12.    <!--[endif]-->LAGIER R. - Quelques citations concernant des rhumatismes célèbres, référence pour les patients d'aujourd'hui. Sem. Hôpitaux. Paris, 1996 ; 72 : n° 29-30, 943-945.

20 août 2012

La syphilis d’Edouard Manet (1832-1883)


                                 
                                            Un coin du jardin à Bellevue  1880.

Manet avait très tôt connu la notoriété quand bien même elle fut marquée par des scandales en 1863 et en 1865. Devenu chef de file de la nouvelle génération de peintres, principalement les impressionnistes qu’il suivra d’un regard attentif sans les rejoindre, il était  assuré de faire carrière comme peintre. Cette vie de peintre attendue il allait bien la connaître mais elle allait être entachée par la maladie.
Tout le monde connaît de Manet: Le "Déjeuner sur l'herbe" ou "l'Olympia" ne serait-ce que par les scandales qu’ils avaient provoqués. Peu savent que le peintre était syphilitique. C'est cet aspect de sa vie que nous  proposons dans ce message à partir d’écrits concernant le monde l’art.

Comme dans toute maladie sexuellement transmissible = MST (ex maladie vénérienne), il importe de connaître l’origine de la contamination, le tableau clinique présenté par le patient et pour ce qui concerne l’esprit de nos messages la répercussion éventuelle de la maladie sur l’œuvre du peintre.

Recherche de la contamination
        Pour Manet enfant de la haute bourgeoisie conservatrice, le choix d’une carrière était sans ambigüité : le barreau ou la marine. Mais voilà, Manet qui avait d’autres ambitions, notamment celle de la peinture et ne voulant pas se heurter à son père,  acceptait malgré un premier échec à l’Ecole Navale de s’embarquer pour le Brésil : Le 9 décembre il s'embarquait comme pilotin sur "le Havre et Guadeloupe".  A son retour après un deuxième échec à Navale, ses parents le laissaient voler de ses propres ailes.
        Considérant ce voyage de marin et au Brésil, Henri Perruchot envisage une contamination brésilienne : « il connaît l’amour avec une esclave noire et contracte du même coup la syphilis » Plus prudent Pierre Dais pense : «  qu’un jeune bourgeois n’avait nul besoin d’aller à Rio pour "faire le garçon.» Il opte donc pour une contamination parisienne. Et de fait à l’époque la maladie existait à un taux élevé rendant le risque de contamination plus grand. Fernand Destaing expliquant les méfaits du mal chez ceux qui appartenaient à la vie mondaine, écrivait : « Comme la vérole fait tomber les cheveux et multiplie les furoncles sur le cou, la mode imposera la perruque et le jabot de dentelle afin de permettre aux grands de ce monde de dissimuler leur maladie »
          Manet lui-même n’était pas prolixe sur le sujet et d’ailleurs quand on lui parlait de sa maladie il disait avoir des rhumatismes comme son père. Sans doute ignorait-il que son père avait eu la même maladie que lui : la syphilis.
         Découverte à la quarantaine, la maladie d’Edouard Manet ne pouvait en aucun cas être considérée comme d’origine héréditaire.

Le tableau clinique        
         Le manque de connaissance certaine sur la contamination de Manet importait peu car le tableau clinique était très évocateur d’une neurosyphilis identifiant du même coup la maladie et sa cause.     
         La littérature situe les premiers signes de la maladie à la fin des années 70 (1879).
Ainsi George Huysmans écrit : «  Dès la fin de la décennie 70, alors qu'il est encore jeune, Manet tombe gravement malade ce qui l'empêche de peindre autant qu'il le voudrait. »
Sa maladie était une  ataxie  un terme qui revient fréquemment dans la littérature : «  Frappé d'ataxie à cette date (1879), Manet séjourne à Bellevue, à Versailles puis à Rueil… »
On relève à nouveau dans une monographie sur Manet le nom d'ataxie : «  A la fin des années  soixante-dix, son état de santé se détériore. Il ressent les premiers signes de l'ataxie, l'horrible maladie nerveuse qui le conduira rapidement à la mort. » 
Huysmans, précise qu'il s'agissait d'une ataxie locomotrice : «  …Manet est épuisé par tant de labeur, les luttes ont usé ses nerfs et il ressent depuis deux ans les premières atteintes d'une affreuse maladie qui l'emportera : l'ataxie locomotrice…. » 
         Ainsi des biographes et critiques d'Art, nous apprennent que Manet était atteint d’une maladie nerveuse et nous en donne le nom, l'ataxie locomotrice. Il s'agit en fait du Tabès, une forme clinique de la syphilis nerveuse, un terme que l’on retrouve dans un article du Dictionnaire Universel de la Peinture : «… sa santé est atteinte, et en 1879  il doit suivre un traitement hydrothérapique pour ce qu'il croit être des rhumatismes, il s'agit en réalité du Tabès. »  

En 1879, l’ataxie locomotrice avait déjà bien été identifiée par les médecins et son rattachement à la syphilis était certain.  A partir du milieu du XIX e siècle, la syphiligraphie achevait en effet de s’édifier.  Une distinction été faite entre la syphilis et les autres maladies vénériennes non syphilitiques. En clinique Duchenne de Boulogne séparait l’ataxie locomotrice progressive des autres paralysies (1858). Son origine syphilitique était démontrée plus tard en 1875 par Fournier. Le terme de Tabès antérieurement utilisé par Romberg reste attaché à cette forme de syphilis nerveuse. Il est donc étonnant qu’il n’ait jamais été question de syphilis tant de la part de Manet que de son entourage. Cela est d’autant plus étrange que des contemporains comme Baudelaire, Maupassant et le peintre Paul Gauguin n’ont eu aucune honte à en parler. A croire que la syphilis n’était une « maladie honteuse » que dans le milieu de la haute bourgeoisie.   Quoiqu’il en soit, à une époque où les seuls traitements proposés étaient le Mercure et l’Hydrothérapie la maladie de Manet ne pouvait que progresser et devenir invalidante au point de l’amener à changer sa manière de peindre. 

Conséquences sur l’œuvre

          Dès le début, Manet avait des douleurs fulgurantes dans les jambes : «  Il souffre de crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus douloureuses…. »
Ces crises douloureuses au niveau des jambes, l'empêchaient non seulement de marcher mais de rester debout et donc de peindre. Les témoignages dans la littérature sur l’art sont nombreux :
«  Pendant l'été 1882, à Rueil, il peut à peine marcher et use ses dernières forces à peindre son jardin ou quelques rapides esquisses de jolies visiteuses »
«  … il marche de plus en plus difficilement et doit s'aliter en avril 1883… »
 «  Affaibli, il ne peut plus descendre jusqu'au café où il avait ses habitudes »
«  Atteint d'ataxie, de paralysie progressive, il préfère la technique du pastel et exécute ainsi des nus, des figures de jeunes femmes "La blonde aux seins 
                                                                         
                     La blonde aux seins nus 1878           Rose dans un verre de champagne 1882

 Aux yeux de Manet, la maladie dont il occultait le nom, n’étaient autre qu’un état qui  le confinait dans le jardin ou à l’intérieur de sa maison de Rueil et qui le contraignait à peindre assis. C’est malheureusement, au moment où il allait accéder au plaisir suprême des impressionnistes, celui d’aller peindre en plein air sur le motif, que Manet s’était trouvé dans l’incapacité de se déplacer et de rester debout. Voilà donc Manet terminant douloureusement sa vie en peignant des Natures mortes et faisant des portraits, ceux de jolies femmes, amies ou anciens modèles qui continuaient à lui rendre visite. Manet décède le 30 avril 1883.

Ouvrages consultés
1.       BARIETY Maurice, COURY Charles - Histoire de la médecine ; les grandes études historiques - Librairie Arthème Fayard - 1963
2.       BENEZIT Emile - Dictionnaire des Peintres, Sculpteurs, Dessinateurs et Graveurs - Tome 7, p. 135-136 - Librairie Gründ,. Paris 1976.
3.       DESTAING Fernand - Ces maladies qui ont changé le monde, de Job à Roosevelt - Presses de la Cité, p. 102, 1978
4.       Dictionnaire de la Peinture française - ( la peinture en France du Moyen-Âge à nos jours) Librairie Larousse - p. 316-319,  1991
5.       Dictionnaire Universel de la Peinture, Le Robert, Tome 4 - p 339-348, 1975
6.       Editions Atlas multimedia  -  Les génies de la peinture - 1977
7.       FABRI  Editions -  Regards de la peinture
8.       FLORISOONE Michel - L'Art et l'Homme - Tome III, p. 340-341, Librairie laroussse, Paris, 1961.
9.       Fondation Pierre Gianadda - Manet, 1896.
10.    LECHEVALIER Bernard - Syphilis du système nerveux - Hamburger Jean, Godeau Pierre - Traité de Médecine, Tome 2, p. 2260, Flammarion  Médecine -Sciences, 1981.
11.    Les Classiques de l'Art - Tout l'œuvre  peint de Manet - chronologie - Flammarion, 1970.
12.    MONNERET Sophie - L'Impressionnisme et son époque - Dictionnaire international, Tome 1, p 487, Bouquins,  Editions Robert Laffont Paris 1979.
13.  Monographie REGARDS sur la peinture - Manet - N°5,   Editions Fabri, 1995.
14.   PASQUET  Martin - Classiques - Maupassant - Biographie  étude de l'œuvre - p 74, Albin Michel, 1993.
15.   SERULLAZ  Maurice - Encyclopédie impressionniste - Somogy, p. 121-128,  Paris 1974..




16 août 2012

Pissarro paysagiste urbain pourquoi ?



Il a déjà été écrit dans ce blog, 
que le peintre 

Il est un autre peintre qui a connu 
le même impératif. Il s’agit de 
Camille Pissarro (1830-1903).


Le doyen des peintres impressionnistes s’était singularisé pendant sa carrière par son orientation de peintre paysagiste. Cette orientation de travail en plein air sur le motif, avait été :
  • initiée à Saint Thomas (îles Vierges) et avec l’école de Barbizon, 
  • confirmée avec le groupe impressionniste dont il avait été le mentor (notamment Paul Cézanne), 
  • pour se terminer vers un aspect particulier du paysage, le « paysage urbain »

Connu comme l'un des « pères de l'impressionnisme », sa peinture était rurale dans ses paysages. 
Il  aimait montrer, comme Jean François Millet 
dont la peinture avait une connotation sociale 
(Ecole de Barbizon), un penchant  pour 
la représentation des paysans au travail 
et cela bien avant d’en arriver 
au paysage urbain (fig.1). La Fenaison


Il n’était pas venu sans raison au paysage urbain. En effet cette nouvelle orientation dans sa peinture peut être mise sur le compte d’une maladie oculaire : une dacryocystite chronique (inflammation du sac lacrymal).

Dès 1890  Pissarro  commençait à souffrir de cette  affection des yeux  qui n’allait cesser de l’importuner le restant de sa vie. Les longues stations passées devant une toile en plein air, en toutes saisons, face  à une lumière intense, étaient peut être à l’origine de ces troubles.  Il ne serait d’ailleurs pas le seul dans ce cas, puisque nombre de peintres impressionnistes, ayant travaillé dans les mêmes conditions, ont également eu à déplorer une affection oculaire : Monet, Degas, Cézanne, Renoir, Mary Cassatt parmi les plus connus.

Ne pouvant plus courir dans la campagne 
pour peindre, Pissarro se faisait alors 
construire un atelier dans son vaste jardin 
d’ Eragny (Eure) d’où il pouvait observer à 
loisir la nature environnante (fig. 2). 

Quand il était en déplacement, il peignait le plus souvent de la fenêtre de sa chambre d’hôtel. C'est dès cette période que Pissarro réalisait, ce qu’avait fait avant lui Claude Monet,  différentes séries de paysages urbains, lors de ses divers voyages. On lui doit ainsi la série des vues de Montmartre (fig.3), celles des ports de Rouen (fig.4) et de Dieppe.
Si Camille Pissarro a élevé le paysage urbain au plus haut niveau et sous divers aspects, cela est bien dû à sa maladie oculaire.

         (fig.3)                                         (fig.4)

                            



14 août 2012

Scènes d’intérieur imposées par la malvision : Degas



Edgar Degas avait consenti à adapter sa technique de peinture à cause de sa malvision. Il allait pour la même raison orienter sa peinture vers des scènes d’intérieur et le travail en atelier.
Degas faisait  parti du groupe des peintres impressionnistes, mais il était « impressionniste » à sa manière :
           Il ne souscrivait pas au travail en plein air de ses amis : Il disait lui-même que : « l’étude de la nature est insignifiante et qu’il prône le dessin, s’attache à la recherche de la ligne et se désintéresse de la couleur  et des aspects changeants de la nature. »
           Il avait participé à toutes les expositions impressionnistes et pourtant, selon Camille Pissarro, il était à l’origine de la désorganisation du groupe.
           Il préférait  le travail en atelier comme les peintres académiques et privilégiait les scènes d’intérieur.
En fait, ce désintéressement pour la nature, il faut bien le reconnaitre, lui était imposé d’une part par l’impossibilité qu’il avait de regarder une source de lumière  sans gêne (photophobie) et d’autre part par la perte progressive de la vision de loin doublée d’une moindre perception de la vue en profondeur à cause d’une vision monoculaire (un seul œil).
 
La peinture impressionniste en son temps, avait bouleversé les règles académiques en hiérarchisant le paysage et la peinture en plein air en tête de leurs préoccupations. Adopter l’impressionnisme revenait à vouloir travailler dehors en pleine lumière et cela Degas ne le pouvait pas. Il était donc dans l’obligation de se tourner vers les scènes d’intérieur. Mais, dedans régnait une lumière artificielle et un espace qu’il lui fallait apprivoiser. C’est ici qu’interviennent ses merveilleux efforts d’adaptation. En effet :
         sa photophobie allait influencer sa représentation de la lumière artificielle (le présent billet)
         sa vision monoculaire incompatible avec une vision de la profondeur, allait influencer sa représentation de l’espace (billet suivant)

Conséquences picturales de la photophobie
Le traitement des lumières  a toujours intéressé Degas en dépit ou à cause de sa photophobie. Ainsi dans un espace sombre il mettait en place lui-même une ou plusieurs sources lumineuses :
        
       Une tache brillante crée par une fenêtre  
       ou une porte entrouverte est fréquente 
       dans ses tableaux - Cours d’une maison à la Nouvelle Orléans 1872
 






      Des sources lumineuses artificielles 
      (rampe, réverbère, lampions) elle mêmes 
       génératrices de reflets - Le café-concert des Ambassadeurs 1876-1877












      Les effets de contre jour sont aussi
      un thème favori chez Degas, son sujet se
      découpant en silhouette sur un fond clair. Blanchisseuse (silhouette) 1873.









Après cet aperçu de la maîtrise de la lumière dans un intérieur, il restait à Degas, celle de représenter l'espace. C'est ce que nous verrons dans le prochain message.

12 août 2012

Technique picturale adaptée : la malvision de Degas


L’intérêt de la cataracte de Monet résidait dans la possibilité de son  identification au travers de sa peinture (Vision des couleurs: Monet et sa cataracte 08/08/2012). S’agissant du peintre impressionniste Edgar Degas qui avait lui aussi une maladie oculaire, l’impact sur sa peinture est d’un tout autre genre.
Degas a présenté dès 1870, une atteinte bilatérale de la rétine (œil droit suivi à un an de l’œil gauche) d’étiologie inconnue. Cette affection avait passablement perturbé le travail du peintre au point de l’amener à modifier sa façon de peindre tant en ce qui concerne sa technique de peinture que les thèmes choisis pour sa peinture.        
La rétinopathie de Degas s’était  développée  progressivement au cours des années et s’accompagnait comme il est habituel dans ce cas :
v  d’une baisse de l’acuité visuelle, prédominante sur l’œil  droit d’où une vision monoculaire laquelle affectait sérieusement la perception de la vision en profondeur.
v  de photophobie ou sensation pénible produite par la lumière : « Quelles belles choses j’aurais pu faire si la lumière éclatante m’étais moins insupportable. »  nous dit Edgar Degas en rentrant d’un séjour en Louisiane.
v  d’un scotome central ou trou situé au centre du champ visuel : « Je vois votre nez mais je ne vois pas votre bouche. » nous dit le peintre.
v  d’un trouble de la vision colorée apparue à l’âge de soixante ans, il ne voyait les couleurs que lorsqu’elles étaient intenses. 

Au total un ensemble de troubles qui définissait chez Degas une rétinopathie et qui devait conduire le peintre à envisager autrement sa manière de peindre. Que pouvait-il donc faire pour contourner son handicap visuel ? Des arrangements à la fois dans sa pratique picturale et dans le genre utilisé pour abriter de nouveaux thèmes.
 Voyons dans ce message les moyens mis en œuvre par Degas pour contourner dans le domaine technique son handicap  visuel. Un autre billet envisagera son option pour un genre et de nouveaux thèmes en peinture.

v  Degas, disciple d’Ingres, dessinait avec des traits fins. Son acuité visuelle diminuant il avait du les abandonner pour des traits plus épais d’où l’utilisation devenue fréquente chez lui du crayon gras et du fusain. (fig 1)

                                              Femme se séchant les cheveux (fig 1)

v  Dans l’impossibilité de supporter la lumière (photophobie) il vivait et travaillait dans l’obscurité.  Il devait utiliser une paire de lunette spéciale à fente ou des verres fortement teintés. (fig 2)


 (Fig 2)

v  Le trouble de la vision colorée, apparu tardivement était compensé par l’utilisation de couleurs vives et violentes car en deçà d’une certaine intensité des couleurs, il ne les voyait pas. C’est une des raisons pour laquelle il avait progressivement abandonné la peinture à huile et  opté pour le pastel  technique qui lui permettait d’obtenir un travail rapide et la vivacité des couleurs recherchées. (fig 3)


                          Chez la modiste (fig 3)

Degas aura pu ainsi travailler jusqu'à la fin de sa vie grâce à des moyens adaptés qu'il va d'ailleurs mettre en oeuvre dans des genres et thèmes eux-aussi adaptés.

                                                

10 août 2012

Une mort annoncée : Paul Gauguin

Les dernières années de la vie de Gauguin allaient être confrontées à une série de malheurs
  • les séjours à l’hôpital de Papeete se suivent ; 
  • en avril 1897, il apprend, le 12 janvier 1897par une lettre de sa femme Mette Gad, trois mois après, la mort de sa fille Aline, la préférée de ses cinq enfants, 
  • les débiteurs de Gauguin dont il attend de l’argent concernant une série de toiles envoyées en France, l’oublient, notamment le marchand  Ambroise Vollard ; 
  • il doit, pour cause de succession, abandonner le terrain et la villa que lui même avait construite.

Cette série de malheurs allaient aggraver une dépression toujours présente à l'état latent. Alors il n’a  qu’une idée en tête celle de mourir. Mais avant il veut laisser un testament pictural et spirituel guidé par l’inspiration du désespoir. Une toile dans laquelle il va résumer ses pensées, la synthèse de sa peinture et de sa vision du monde. Cette toile :

              D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous ?

Il la réalise en novembre 1897. Le tableau est conçu comme un ultime testament, un sommet monumental de son évolution personnelle et artistique. Il est conçue comme une fresque. Gauguin présente plusieurs groupes de personnages selon les différentes étapes de la destinée humaine :

  • A droite près d’un bébé endormi, trois jeunes filles à l’air songeur sont assises;
  • Derrière elles, deux femmes en robe pourpre discutent sous le regard d’un homme massif qui a la main derrière la tête;
  • Au centre, représentant le milieu de la vie, un homme cueille un fruit;
  • Au fond une idole veille sur un enfant entouré de deux chats et une chèvre et sur une femme vêtue d’un pagne;
  • A l’extrême gauche une vieille femme recroquevillée semble attendre la mort auprès d’un oiseau blanc tenant dans ses pattes un lézard image « de l’inutilité des vaines paroles »
Ce tableau  est une véritable fresque peinte de couleurs orangées avec un fond bleuté du tableau d’où se détachent végétation, oiseaux, ciel et montagne. Il semble bien que Gauguin est atteint, ici, son but et il le dit lui-même : « ... Je crois que non seulement cette toile dépasse en valeur toutes les précédentes, mais encore que je n’en ferai jamais une meilleure ni une semblable. J’y ai mis là avant de mourir toute mon énergie... »

Au moment où il vient de terminer son tableau, le bateau arrivant de France le 30 décembre 1898, ne lui apporte aucune nouvelle et pas plus d'argent. Alors il sait qu'il va se suicider. Le soir du Nouvel an 1898, il s'avance sur le sentier qui mène aux collines ... Paul a glissé dans sa poche une boîte contenant de l'Arsenic...  Arrivé au sommet il se laisse tomber dans les fougères et avale le produit. Gauguin en a pris une trop forte  dose, il se met à vomir, est pris d'étourdissements en même temps que son cœur  bat à se rompre. Il souffre affreusement mais il est toujours vivant. A l'aube il redescend et se résigne à vivre.

Vous l’avez compris ce tableau, si cette toile résume les pensées et la vision du monde par Gauguin, il n’est en aucun cas l’image directe de l’impact sur son œuvre de son état de santé. Le thème a été choisi par le peintre, sa réalisation reste classique et dans le cadre de sa peinture « tahitienne ». Il n’est n’en est pas moins vrai, que la dépression est une maladie et c’est elle qui a inspirée le tableau.

Les maladies de Paul Gauguin.


Paul Gauguin (1848-1903) est, parmi les peintres impressionnistes, celui dont l’état de santé a été le plus sévèrement altéré. A la fin de sa vie on peut littéralement parler de « Musée pathologique »

Cet état il le devait, à une erreur de jeunesse : la rencontre à 19 ans avec une prostituée responsable de sa grande vérole (syphilis) dont il aggravera les conséquences sur la fin de sa vie lors de ses séjours tahitiens par des contacts sexuels répétés avec des autochtones pour la plupart « vérolées ».

Entre ces deux périodes de sa vie, la maladie le rattrapera par un eczéma suintant (considéré comme étant une lèpre) et par les effets délétères d’une consommation exagérée d’absinthe. Son séjour avec Vincent van Gogh en Arles pendant le dernier trimestre de 1888, n’aura fait qu’empirer son addiction vis-à-vis de l’absinthe.

Sa fin de vie (fin des années 1890) fut difficile et marquée par la drogue.

  • Gauguin était morphinomane en raison de douleurs séquellaire d’une fracture de cheville, survenue lors d’une rixe à Concarneau. 
  • Il prenait régulièrement de l’Arsenic comme traitement de sa syphilis. Il avait absorbé ce toxique pour mettre fin à sa vie. Une trop grande dose le fit vomir et échapper à la mort. 
Gauguin devait mourir à Atuona (îles Marquises) des suites d’une overdose, qu’un cœur fatigué (insuffisant cardiaque depuis plusieurs années) n’avait pu supporter. Durant sa vie il aura été hospitalisé pas moins de dix fois notamment pendant ses séjours Polynésiens.

L’œuvre de Gauguin a toujours été influencée par le lieu où il se trouvait mais aussi par sa santé morale, ce que nous verrons dans un prochain billet.