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28 mai 2013

Frida Kahlo exprime ses douleurs dans « La colonne brisée » 1944

 
 

L’autoportrait « La colonne brisée » 1944, HST de petite taille 40X34 cm est le plus terrible et le plus emblématique des autoportraits de Frida Kahlo. Un autoportrait de buste, suggérant une vie physiquement et moralement meurtrie, par un accident, des fausses couches et l’infidélité permanente de Diego Rivera son mari.    

 
 

« La colonne brisée » 1944, HST de petite taille 40X34 cm



Notre regard est attiré par l’artiste au milieu du tableau. Elle est debout face au spectateur. Elle est nue de la tête aux hanches ceinte d'un corset de métal ajouré, laissant voir son corps et sa poitrine. Le bas de son corps est dissimulé par un drap blanc. Son corps est ouvert en deux en son milieu donnant à voir au spectateur non pas une colonne vertébrale, mais une colonne de pierre fragmentée « en vertèbres » ayant l’apparence d’une colonne antique de type ionique. Le haut de cette colonne soutient le menton de l'artiste, dont le visage statique, fermé et digne, n'exprime aucun sentiment. Des larmes sortent de ses yeux et perlent sur son visage. Le corset orthopédique retient les deux parties du corps qu’il emprisonne comme dans une cage en même temps qu’il met en valeur sa poitrine, seul reste de sa féminité. Il suffit de regarder cet autoportrait au réalisme cruel  pour comprendre, sinon ressentir la souffrance physique qu’elle endurait tous les jours depuis l’âge de 18 ans.

     Non seulement elle dévoile les blessures de son corps mais  aussi celles de son âme. Si ce tableau témoigne à l’évidence des douleurs dues à l'accident qu'elle avait subi à 18 ans, il est aussi le témoin des douleurs d’une artiste blessée par les nombreuses infidélités de son époux. La peau de Frida est transpercée par de multiples clous, autant de clous que de blessures d'un amour bafoué. Elle apparaît crucifiée. L'aventure que son mari Diego a entretenue avec Christina, sœur de l'artiste, l'a finalement anéantie. Ses larmes qui coulent silencieusement en disent long sur son état d’âme et sa fierté meurtrie. Mariée, divorcée de Diego Rivera puis mariée à nouveau avec lui, rien n’arrêtera sa souffrance morale d’autant que le couple continuera de se déchirer. Quelques soient ses souffrances nombreuses et diverses, Frida sacrifiée, reste digne, la tête droite, le regard fier. Soutenue par son corset elle traverse dignement cet immense moment de solitude et d'abandon, rendu, par le désert à l'arrière plan aux couleurs sombres et tristes et dont les failles expriment  aussi les blessures de son cœur.

          Ce tableau peint en 1944 correspond à l'époque où la santé de l'artiste se dégradait. Depuis l'accident de bus dans lequel elle fut très gravement blessée en 1925, Frida avait le corps meurtri par de nombreuses séquelles douloureuses. Son bassin, ses côtes et sa colonne vertébrale avaient été fracturés. En dépit d’alitements forcés, et de nombreuses interventions chirurgicales envisagées, rien ne la soulageait durablement. A 37 ans elle devait dorénavant porter un nouveau corset orthopédique pour soulager sa colonne. C'était son énième corset...cette fois il était en métal et non en plâtre. Il lui restait 10 ans de souffrances insoutenables à endurer avant sa mort. Des années qu’elle va rendre dans une peinture faite de nombreux symboles, une peinture qui flirte avec le surréalisme auquel elle se défendait d’appartenir.

12 mai 2013

La peinture et l’autoportrait : une double nécessité pour Frida Kahlo


                                       
                             Frida Kahlo Autoportrait 1933


          Pour les femmes qui voulaient se destiner à la peinture avant le XIXe siècle et à qui l’on déniait le droit d’étudier le corps humain en atelier de peinture, l’autoportrait était, avec les Nature mortes, leur unique recours. S’utiliser comme modèle était en effet une solution appropriée face aux nombreux interdits auxquels les femmes devaient faire face. Mais pour Frida Kahlo le choix de l’autoportrait avait une autre origine. Suite à un accident qui l’avait clouée au lit elle prit la décision de devenir peintre.  Contrainte et forcée de se peindre elle-même, l’autoportrait fut alors pour elle à la fois une nécessité et une obligation.

          En septembre  1925 Frida Kahlo passait un mois à l’hôpital.  Sa survie relevait d’un miracle après le grave accident qu’elle venait de subir. Sa convalescence lui permettait de développer et de s’adonner sérieusement et en toute liberté à la peinture. Selon ses propres mots, elle décidait alors de peindre les choses telles qu'elle pouvait les voir « … pintado las cosas tal y como yo las veia. ». Son père Don Guillermo l'avait initiée à la peinture. Lui-même était peintre et surtout photographe, spécialiste des vues de son quartier de Coyoacán à Mexico.

          Avant le terrible accident elle avait fait quelques portraits et des Natures mortes. Pendant sa convalescence  c’est  sur elle-même qu'elle allait focaliser son travail en réalisant un grand nombre d'autoportraits.  Pour l'aider, ses proches avaient placé dans son lit à baldaquin et au-dessus d’elle un miroir pour ciel. Elle pouvait alors se servir de son reflet comme modèle, ce qui fut probablement l'élément déclencheur de la longue série d'autoportraits qu'elle devait réaliser. Sur 143 tableaux, 55 étaient en effet des autoportraits. Frida Kahlo allait devenir la plus célèbre peintre d’autoportraits de l’histoire de l’art. Elle trouvait son inspiration dans sa propre image celle du miroir devenu l’unique compagnon de ses journées solitaires d’alitée, auxquelles la condamnaient les séquelles de son traumatisme. Ces autoportraits allaient illustrer ses sentiments et ses états d’âme en même temps qu’elle jouait de symboles pour décrire ses souffrances physiques et morales.

Autoportrait aux épines 1940 (un exemple parmi tant d’autres)

          Dans cet autoportrait la vue du collier d’épines, qui la font saigner, évoque la souffrance physique qu’elle endure depuis des années, mais aussi la souffrance morale que suggère l’enroulement, durable, des épines autour de son cou. Sa vie avait basculé, parsemée de douleurs consécutives au traumatisme subi lors de l’accident de bus dont elle gardait un souvenir persistant dans sa chair et dans son esprit. Et comme un malheur ne va jamais seul, elle devait souffrir autant sinon plus, du divorce consenti avec son mari Diego Rivera après qu’il l’ait trompé avec sa propre sœur Christina.
autoportrait au collier d'épines 1940
                                

Il y a dans le regard qui fixe le spectateur beaucoup de fierté. Elle avale ses larmes de douleurs, et on sent le désespoir teinté de souffrance morale. Coûte que coûte il lui fallait paraître digne. Un hale ethnique cache une pâleur, qui ne paraît pas derrière cette volonté de se montrer mexicaine. Frida est en plein « mexicanismo » (affirmation de son identité mexicaine) : nature luxuriante avec une jolie palette de verts, robe et bijou indiens, singe qui appartient à la faune et à la tradition mexicaine, cheveux tressés comme chez les ancêtres. Cette femme se veut libre et indépendante du monde qui l’entoure mais dont elle est malheureusement dépendante par son handicap physique.