Rechercher dans ce blog

Affichage des articles dont le libellé est évolution. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est évolution. Afficher tous les articles

2 septembre 2012

Les rhumatismes de Renoir nature et incidence sur son art.


Renoir était atteint de rhumatisme polyarticulaire inflammatoire déformant atteignant de manière  prédominante symétrique et bilatérale ses mains, mais aussi genoux, rachis. De son début en 1897 jusqu’à sa mort en 1919, la maladie n’avait cessé d’évoluer, elle était chronique. Ses mains, principalement affectées, s’étaient  considérablement déformées. La maladie s’accompagnait d’une atteinte de l’état général et de manifestations systémiques au niveau de l’œil, poumon etc.
Le tableau de la maladie que présentait Renoir, est de nos jours  suffisamment précis, pour faire porter le diagnostic de polyarthrite chronique évolutive d’autant qu’il serait associé à un marqueur : le facteur Rhumatoïde, une immunoglobuline témoin d’une maladie auto-immune (hyperactivité du système immunitaire à l'encontre de substances ou de tissus qui sont normalement présents dans l’organisme). Il ne pouvait en être ainsi du temps de Renoir.
Quelle était donc la nature des rhumatismes de Renoir.
          Parmi les rhumatismes chroniques inflammatoires deux maladies étaient très anciennement connues : la goutte et l'arthrose. Une troisième maladie était venue compléter le trio la polyarthrite chronique évolutive. Toutes ont été longtemps confondues sous la dénomination d’arthritisme

         La polyarthrite chronique évolutive (PCE) serait d'apparition récente puisqu'on n’en trouve pas de trace dans la littérature avant une thèse de 1800. Les déformations si particulières de la maladie, notamment au niveau des mains n'ont pas été retrouvées sur les squelettes anciens. Elles ne figurent pas non plus sur des tableaux de peintres avant le XVIIe. Ce diagnostic est en effet probable dans « Les trois grâces » de Rubens, les mains de la femme de gauche montrant les déformations caractéristiques.

          La connaissance de l’arthrose était acquise cliniquement bien avant qu’elle ne soit authentifiée par la radiologie et le diagnostic de la maladie était possible, au moment où Renoir développait ses rhumatismes.

           L’acte de naissance de la PCE date de 1800 avec la thèse d'Auguste Landré-Beauvais " Sur la goutte asthénique primitive." La première bonne description se trouve également dans une autre thèse, celle de Charcot (1853). Il y décrit les déformations des mains crées par "le rhumatisme articulaire progressif". Dans cette thèse il séparait nettement la PCE de la goutte, mais la différenciait assez mal de l'arthrose. Dans  "Traetise on gout and rhumatic gout", Alfred Baring Garrod (1859) donnait une description de la PCE qu’il baptisait arthrite rhumatoïde bien distincte de la goutte. Il fallait attendre les études anatomopathologiques de Nicols et Richardson (1907) pour que la polyarthrite chronique évolutive soit clairement séparée de l’arthrose.
             Il est clair que comme l’écrivait Jean Renoir, ces rhumatismes chroniques inflammatoires et déformants étaient un mystère. Un mystère d’autant plus réel que souvent on donnait à la PCE des dénominations qui pouvaient égarer le  diagnostic. Goutte asthénique primitive de Landré,  Rhumatic gout  de Garrod. Georges Huisman attribue les mains déformées de Renoir à la Goutte :
« En 1902 sa santé décline progressivement. Pour finir ses mains seront déformées par la Goutte. »
       Il est vrai que devant la réaliste et brillante description de la goutte que présentait le personnage Chanteau dans le roman « Joie de vivre » de Zola (Rougon-macquart) on est confondu par la ressemblance des deux hommes (Renoir et Chanteau) : mains déformées, malades figés dans un fauteuil. Cependant contre le diagnostic de goutte chez Renoir on note d’une part qu’il n’avait jamais présenté les crises aigües douloureuses nocturnes au niveau du gros orteil signe pathognomonique de la maladie goutteuse et que  d’autre part les mains n’étaient pas déformées par les tophus de la goutte. L’arthrose était assez facile à différencier, même avant l’argument radiologique pour ne pas être  retenue dans le cas de Renoir d’autant que dès le début du XXe siècle les deux maladies PCE et arthrose pouvaient être catégoriquement différenciées par les études anatomopathologiques. On peut donc par élimination ne garder que le diagnostic de polyarthrite chronique évolutive.



L’incidence de la maladie dans la pratique de son art.
         Chez Renoir   peinture rythme avec maladie. Il a du mal à travailler car il souffre et du mal à réaliser nombre de commandes de tableaux qu’on lui demande, le portrait de Madame Robert de Bonnières entre autre. Et l’on comprend ses difficultés.
     *   Nous sommes en  1912-1913, Gabrielle (parente de Madame Renoir, modèle privilégié de l’artiste) est toujours là près du peintre pour l’aider :
« Mais comment peut-il peindre ? Demandons-nous à cette femme. Je lui place les pinceaux entre les doigts et les retiens avec les cordons, les rubans que vous avez vus. Parfois ils tombent je les lui remets, mais ce qu'il y a de plus surprenant en M Renoir ce sont ses yeux de lynx. Parfois il me dit d'enlever, là, sur la toile un poil de brosse qui s'est collé. Je cherche je ne trouve pas et c'est monsieur qui me le montre, minuscule, caché dans un empâtement. »
         *   Nous sommes en 1917, deux ans avant sa mort.  Jean Renoir se souvient :
« Alors qu’il ne peut plus marcher et que son état général s’altère de plus en plus, il est à Cagnes sur mer dans le domaine des Collettes qu’il vient d’acheter. A ce moment là il ne pouvait absolument plus marcher. Quand il fut dans un état d'extrême faiblesse - ce fut l'état de ses dernières années - et voulant peindre jusqu'à son dernier souffle il se fit construire un atelier en verre duquel il pouvait voir son "modèle" nu dans le jardin. Il fut un magnifique exemple humain de courage. »
      *  Nous sommes en 1918. La littérature est abondante concernant sa volonté de peindre qui ne diminue pas :
« Et c'est dans cet état physique  qui serait pour tous les autres hommes, un enfer, que Renoir va peindre ses plus magnifiques œuvres, dépassant ses œuvres  de jeunesse et de maturité. »
«  Renoir obéit à un système de travail si acharné qu'il a déjà à 60 ans, les signes de la vieillesse : son visage était ravagé, creux, plissé, les poils de sa barbe clairsemés et deux petits yeux clignotants brillaient humides, doux et bons sous des sourcils broussailleux… »
        *     Nous sommes en 1919, l’année de sa mort, il va au plus mal et pourtant seul le travail peut le soulager :
«  En septembre 1919, Renoir n'est plus qu'un squelette, vivant tourmenté par la douleur, un paquet d'os et de peau que rien ne peut apaiser que la peinture. »
Cet homme ne s’arrêtera jamais. Alors qu’il ne peut plus marcher et que son état général s’altère de plus en plus, alors que ses mains sont déformées et atrocement mutilées, alors qu’il est invalide à cent p. cent, il va réaliser une toile qui sera le sommet de son art. Pour cela il fait construire un chevalet mobile spécialement conçu pour rouler sur un cylindre. Travaillant assis, des jours durant, il va peindre « Les Baigneuses »1918-1919, une toile dont il était fier. Il s’en était entretenu avec le peintre Henri Matisse en lui disant qu’elle était le sommet et la synthèse de son art. Connaissant l’attachement de leur père à cette toile, ses enfants en feront don à l’Etat.
 
Les Baigneuses 1918-1919

Non content de poursuivre sa peinture et en dépit de son état de santé, il veut encore aller plus loin et se mettre à la sculpture. Pour Renoir, ce sont les yeux qui remplacent les doigts malades, inutilisables, dictant et  corrigeant les formes façonnées par des mains « empruntées » à un élève de Maillol, Richard Guino. Sur ses indications il réalise un magnifique bronze  la « Vénus victorieuse », c’était son grand désir.
Sous ce soleil on a envie de voir des Vénus de marbre ou de bronze mélangées aux feuillages."  
Une fois de plus pendant l’hiver de 1919 il va prendre froid :
« Mais il avait peut être pris froid dans son jardin de Cagnes. Il eut une congestion pulmonaire au cours de laquelle il lui arriva de faire allusion, mais sans geindre à sa fin probable "je suis foutu" disait-il. Toutefois ce n'est pas expressément de sa congestion dont il est mort. Il eut un arrêt du cœur  (il aurait toujours eut cet organe très délicat) de sorte qu'il échappa aux douleurs de l'étouffement, classiques dans la congestion mortelle. »

          Le 2 décembre 1919 alors qu’il venait de terminer une Nature morte avec des pommes, il fermait les yeux pour toujours. Mais avant de mourir, les deux médecins près de son lit ayant  parlé de chasse et de bécasse, le peintre de courage, demandait une dernière fois qu’on lui apporte ses pinceaux.