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7 février 2015

Vision humaine de la peste par les peintres. (1ère partie)


L’iconographie picturale sur la peste faite à distance de l’épidémie et rapportant ses méfaits, produits chez les hommes, témoigne de la peur qui s’emparait d’eux face à la perspective d’une mort imminente et la vision des morts qui jonchaient les rues, le sol etc. La toile de Nicolas Poussin (cet article) et celle de Pieter Bruegel l’Ancien (article suivant) par leur réalisme, rendent bien compte des faits.       

Autoportrait, Nicolas Poussin
Le peintre Nicolas Poussin (1594 – 1665) vivait à Rome lorsqu’une épidémie de peste ravageait les villes de Milan et de Venise. A partir des connaissances acquises en cette occasion, il a pu saisir des éléments essentiels et non encore connus de la peste. La toile qu’il nous présente est importante pour la vision de ce fléau. Dans « les Philistins frappés de la peste » 1630-1631 le peintre illustre la maladie par l’évocation d’un chapitre de l’ancien testament  (1er livre de Samuel) : « Dieu punit les Philistins qui venaient de vaincre les Hébreux à Ashdod et  voler l’Arche d’Alliance pour la placer dans le temple de leur Dieu Dagone ». En représailles les Philistins devaient subir une terrible épidémie de Peste que Poussin situe dans une ville antique.

         


              En dehors de l’Arche visible sur la gauche et qui est à l’origine de la punition infligée aux Philistins, il existe sur cette toile des figures dont la place et la position ne sont pas sans rapport avec le sujet de la peste. On voit en effet, des morts, des croque morts, des malades, des gens apeurés et d’autres qui se protègent.



            Sur la droite à mi-hauteur deux croque morts s’éloignent avec un cadavre.
                  Toujours à droite et au premier plan, un homme porte la main devant son nez pour se protéger des miasmes qui, selon les croyances de l’époque véhiculent la contagion ; de l’autre main, il écarte un enfant qui s’avance, pour l’isoler du danger que représentent deux agonisants gisants à ses pieds sur le sol.
                  Au centre et au premier plan à côté du cadavre d’un bébé, un groupe de trois figures : un nourrisson allongé tente de prendre le sein de sa mère qui est morte – un homme penché sur lui, se protège le nez d’une main et tente d’interrompre de l’autre main l’enfant qui veut téter sa mère.
Les malades, les morts, la peur de la contamination par le contact sont ici évidents. Dans cette représentation très réaliste Nicolas Poussin fait part de la connaissance qu’il avait sur les modalités de la transmission de la maladie par voie aérienne (les miasmes) et par  contact avec un malade. Il avait par ailleurs retenu que l’invasion de la ville par des rats. On sait aujourd’hui que la mortalité murine précède celle des hommes qui vont mourir de la maladie qu’ils leurs ont inoculé après que les rats aient été piqué par une puce infectante.
Les Philistins frappés de la peste » 1630-1631
Des rats sont visibles à gauche sur le piédestal de la statue et à droite près des hommes emportant un cadavre. Personne ne connaissait à cette époque le lien qui existait entre ce rongeur et les morts. A partir de ce récit biblique il attire donc l’attention sur la survenue simultanée de deux fléaux la peste et les rats. Il ne sera pas démenti quand près de deux siècles plus tard Alexandre Yersin et Paul Louis Simond découvriront respectivement l’agent pathogène (Yersina Pestis) et la puce du rat (Xenopsylla cheopis) responsable de la transmission de Yersina Pestis du rat au rat et du rat à l’homme.


4 février 2015

La peste des peintres




Les œuvres picturales les plus nombreuses qui traitent des maladies ou de malades, ont trait le plus souvent à la peste.
Détail du tableau de Antoine-Jean Gros Bonaparte 
visitant les pestiférés de Jaffa
        Un fléau comme « la peste noire » qui a sévi en Europe du XIVe au XVIIe siècle, avait marqué lourdement les esprits. Les motifs en étaient nombreux : l’importance de l’hécatombe, une peur chronique alimentée par des épisodes successifs (poussées épidémiques), une atteinte sans discrimination sociale et surtout plus démoralisant, la menace permanente d’une disparition brutale sans avoir eu le temps de recevoir les sacrements de l’église.


        L’absence de moyens thérapeutiques face à une mortalité élevée (des millions de morts) avait ouvert la voie à une « médecine religieuse » car le seul recours de l’homme était d’implorer une aide divine par les prières et/ou de solliciter l’intercession de la Vierge Marie ou des Saints. Le contexte dramatique créé par la peste et les « moyens » pour s’en prémunir, ne pouvait échapper à l’observation des peintres qui en s’emparant de ces faits, pour en donner une représentation picturale, devenaient les premiers reporters (à distance) de l’Histoire de la peste. 
         

           Certaines œuvres laissent à penser que le peintre nous fait voir sa vision de la maladie au travers des idées qu’ils se faisaient du fléau (vision humaine – 1ère partie; prochain article). D’autres œuvres mettent en avant la dévotion induite chez l’homme par le fléau quand ils font intervenir le divin dans leur vie personnelle ou collective. Cet aspect sera le sujet d’un autre article (vision religieuse – 2ème partie).