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25 décembre 2012

L’absinthe vue par les peintres (4ème partie - B) : Les peintres buveurs d’absinthe.


Les peintres buveurs d’absinthe

                   (4ème partie - B) 

          S’il est des buveurs d’absinthe dont la consommation est non seulement reconnue mais exagérée ce sont sans nul doute Paul Gauguin et Vincent van Gogh. Tous les deux étaient fin 1888 à Arles pour deux mois,  avec pour but de créer un atelier du Midi destiné à accueillir une communauté d’artistes.

     Les deux peintres qui ne trouvaient pas leur place dans la société s’étaient voués à la peinture tout en délaissant leur famille. Deux peintres autodidactes mais ayant bénéficié d’un entourage pictural : Anton Mauve, Schuffenecker et les impressionnistes pour Gauguin ; Théo son frère, Monticelli et les peintres impressionnistes pour Vincent, qui s’intéressait par ailleurs au japonisme. L’un et l’autre recherchaient la solitude, l’isolement pour inventer une peinture d’avenir qui leur soit propre. Leur vie marginale parmi les prostituées, les avait conduit vers l’alcool et plus précisément vers l’absinthe. Une absinthe qu’ils avaient commencé à boire avant de se connaître et qui  apparait de manière différente dans leur peinture.

Paul Gauguin

          L’aveu  

     Avec lui, point de mystère point de secret, il a toujours confessé ses états d’âme et son intempérance. En 1897 lors de son deuxième séjour à Tahiti, il écrivait à Daniel de Monfreid :

« Je m’assois devant ma porte, fumer une cigarette et savourer mon absinthe et je me réjouis de chaque jour sans me soucier du reste du monde. »

     Vers la fin de sa vie quand il se trouvait à Atuona aux Marquises dans sa « Maison du jouir » il avait confectionné une sorte de canne à pêche au bout de laquelle il accrochait une bouteille d’absinthe et de la fenêtre de l’étage, il la guidait dans le puits, la récupérait à l’heure de l'apéritif qu’il prenait seul ou avec des amis. Il souffrait atrocement des suites d’une fracture de la cheville gauche (suite à une rixe à Concarneau) et de lésions eczémateuses, aussi pour calmer ses douleurs, devait dit-il : « En plus de la morphine prendre de l’absinthe. »
          La peinture
     Lors de son séjour à Arles avec Vincent van Gogh, les deux peintres travaillaient ensemble et parfois sur le même sujet comme dans « Au café ». Dans cette scène où, Gauguin représentait ses amis : le zouave Millet, le facteur Roulin, Mme Ginoux et ses connaissances noctambules les prostituées, il n’a pas oublié au premier plan, le verre d’absinthe, les sucres, l’eau de Seltz.
 
     Nous savons que Paul Gauguin était d’un point de vue de sa  santé, un vrai musée pathologique. Pour tous ses maux, l’absinthe aura été un facteur aggravant. La peinture de Gauguin était déterminée par ses localisations géographiques (Paris, Bretagne, Martinique, Polynésie) et par son désir permanent d’approfondir les modes de vie culturels et religieux de ceux qu’il rencontrait. L’absinthe n’a donc pas joué le rôle de l’inspiration quand bien même  l’homme en était profondément imprégné.
Vincent van Gogh
          L’aveu
     C’est Toulouse Lautrec qui initia Vincent van Gogh à l’absinthe. Ils s’étaient rencontrés à l’atelier Cormon. Ensemble ils passaient des nuits entières au café « le Tambourin » nouveau lieu de rendez-vous des néo impressionnistes. C’est sur les conseils de Toulouse Lautrec que Vincent van Gogh qui ne se plaisait pas à Paris était parti en Arles. Les témoignages selon lesquels Vincent consommait beaucoup d’absinthe sont nombreux. Paul Signac rendant visite à Vincent écrit:
      « … n’ayant pas de vraie maison dans cette ville, il prenait un siège à la terrasse d’un café. Et les eau-de-vie et les absinthes se succédaient à un rythme rapide »
    Vincent lui-même ne cache pas sa consommation d’absinthe dans la correspondance qu’il entretenait avec son frère Théo.
      Enfin on peut mettre au compte de l’absinthe les querelles quotidiennes avec Gauguin, << Comme chaque soir nous allions au café. Il commandait une absinthe légère. Soudain il saisit brusquement le verre et me l’envoya au visage >> On connait l’épilogue : l’épisode de l’oreille coupée.
La peinture
     L’absinthe apparait dans sa plus simple expression dans la peinture de Van Gogh dès 1887 avec « L’absinthe 1887 ». Il est remarquable que la couleur de la fée verte imprègne la toile comme dans une transparence, elle se trouve partout : la nappe, dans les reflets de l’eau, dans la carafe et la rue derrière la vitre.
En septembre 1888 il peint le café de la Gare de Joseph et Marie Ginoux dont il était pensionnaire, le même café peint par Paul Gauguin. Les couleurs vives intenses étaient celles qui se trouvaient dans le bordel de la ville qu’il voulait peindre et qu’on lui avait refusé. Dans « Café de nuit, Arles sept 1888 » de van Gogh on retrouve les noctambules peints par Gauguin. Ils sont passablement endormis ou ivres. Sur les tables sont disposés verres et carafes d’absinthe.

Le  23 décembre 1888 Vincent se mutilait l’oreille droite après une altercation avec Gauguin. Admis à l’Hôpital d’Arles il en sortait quelques jours plus tard et rejoignait la Maison jaune rue Lamartine. Désireux de se prouver à lui-même et aux arlésiens qu’il n’était pas fou, il se remettait à peindre avec ardeur. Dans l’une des premières toiles « Nature morte aux oignons 1889 »  il avait rassemblé tout ce qui lui était cher : oignons (qui donne du goût au pain rassis), pipe, tabac, bougeoir, une lettre de son frère, un annuaire de la Santé et bien sûr la bouteille d’absinthe et un pichet d’eau.
Les toiles de Vincent van Gogh montrent que l’absinthe faisait partie de son quotidien. Mais si dans les deux toiles ci-dessus il est question de l’absinthe, elles ne sont pas pour autant à verser au compte de l’absinthisme. A l’inverse dans un autre tableau de Vincent van Gogh « La Nuit étoilée juin 1888 » on pourra évoquer l’influence de la boisson dans la réalisation de la toile. C’est un sujet que nous aborderons prochainement dans une analyse du style de van Gogh et des influences qui ont été les siennes.


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