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12 mai 2013

La peinture et l’autoportrait : une double nécessité pour Frida Kahlo


                                       
                             Frida Kahlo Autoportrait 1933


          Pour les femmes qui voulaient se destiner à la peinture avant le XIXe siècle et à qui l’on déniait le droit d’étudier le corps humain en atelier de peinture, l’autoportrait était, avec les Nature mortes, leur unique recours. S’utiliser comme modèle était en effet une solution appropriée face aux nombreux interdits auxquels les femmes devaient faire face. Mais pour Frida Kahlo le choix de l’autoportrait avait une autre origine. Suite à un accident qui l’avait clouée au lit elle prit la décision de devenir peintre.  Contrainte et forcée de se peindre elle-même, l’autoportrait fut alors pour elle à la fois une nécessité et une obligation.

          En septembre  1925 Frida Kahlo passait un mois à l’hôpital.  Sa survie relevait d’un miracle après le grave accident qu’elle venait de subir. Sa convalescence lui permettait de développer et de s’adonner sérieusement et en toute liberté à la peinture. Selon ses propres mots, elle décidait alors de peindre les choses telles qu'elle pouvait les voir « … pintado las cosas tal y como yo las veia. ». Son père Don Guillermo l'avait initiée à la peinture. Lui-même était peintre et surtout photographe, spécialiste des vues de son quartier de Coyoacán à Mexico.

          Avant le terrible accident elle avait fait quelques portraits et des Natures mortes. Pendant sa convalescence  c’est  sur elle-même qu'elle allait focaliser son travail en réalisant un grand nombre d'autoportraits.  Pour l'aider, ses proches avaient placé dans son lit à baldaquin et au-dessus d’elle un miroir pour ciel. Elle pouvait alors se servir de son reflet comme modèle, ce qui fut probablement l'élément déclencheur de la longue série d'autoportraits qu'elle devait réaliser. Sur 143 tableaux, 55 étaient en effet des autoportraits. Frida Kahlo allait devenir la plus célèbre peintre d’autoportraits de l’histoire de l’art. Elle trouvait son inspiration dans sa propre image celle du miroir devenu l’unique compagnon de ses journées solitaires d’alitée, auxquelles la condamnaient les séquelles de son traumatisme. Ces autoportraits allaient illustrer ses sentiments et ses états d’âme en même temps qu’elle jouait de symboles pour décrire ses souffrances physiques et morales.

Autoportrait aux épines 1940 (un exemple parmi tant d’autres)

          Dans cet autoportrait la vue du collier d’épines, qui la font saigner, évoque la souffrance physique qu’elle endure depuis des années, mais aussi la souffrance morale que suggère l’enroulement, durable, des épines autour de son cou. Sa vie avait basculé, parsemée de douleurs consécutives au traumatisme subi lors de l’accident de bus dont elle gardait un souvenir persistant dans sa chair et dans son esprit. Et comme un malheur ne va jamais seul, elle devait souffrir autant sinon plus, du divorce consenti avec son mari Diego Rivera après qu’il l’ait trompé avec sa propre sœur Christina.
autoportrait au collier d'épines 1940
                                

Il y a dans le regard qui fixe le spectateur beaucoup de fierté. Elle avale ses larmes de douleurs, et on sent le désespoir teinté de souffrance morale. Coûte que coûte il lui fallait paraître digne. Un hale ethnique cache une pâleur, qui ne paraît pas derrière cette volonté de se montrer mexicaine. Frida est en plein « mexicanismo » (affirmation de son identité mexicaine) : nature luxuriante avec une jolie palette de verts, robe et bijou indiens, singe qui appartient à la faune et à la tradition mexicaine, cheveux tressés comme chez les ancêtres. Cette femme se veut libre et indépendante du monde qui l’entoure mais dont elle est malheureusement dépendante par son handicap physique.

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