Les
peintres buveurs d’absinthe
(4ème partie - B)
S’il est des buveurs d’absinthe dont
la consommation est non seulement reconnue mais exagérée ce sont sans nul doute
Paul Gauguin et Vincent van Gogh. Tous les deux étaient fin 1888 à Arles pour
deux mois, avec pour but de créer un
atelier du Midi destiné à accueillir une communauté d’artistes.
Les deux peintres qui ne trouvaient pas
leur place dans la société s’étaient voués à la peinture tout en délaissant
leur famille. Deux peintres autodidactes mais ayant bénéficié d’un entourage
pictural : Anton Mauve, Schuffenecker et les impressionnistes pour
Gauguin ; Théo son frère, Monticelli et les peintres impressionnistes pour
Vincent, qui s’intéressait par ailleurs au japonisme. L’un et l’autre recherchaient
la solitude, l’isolement pour inventer une peinture d’avenir qui leur soit
propre. Leur vie marginale parmi les prostituées, les avait conduit vers
l’alcool et plus précisément vers l’absinthe. Une absinthe qu’ils
avaient commencé à boire avant de se connaître et qui apparait de manière différente dans leur
peinture.
Paul Gauguin
L’aveu
Avec lui,
point de mystère point de secret, il a toujours confessé ses états d’âme et son
intempérance. En 1897 lors de son deuxième séjour à Tahiti, il écrivait à
Daniel de Monfreid :
« Je m’assois devant ma porte, fumer une
cigarette et savourer mon absinthe et je me réjouis de chaque jour sans me
soucier du reste du monde. »
Vers la fin
de sa vie quand il se trouvait à Atuona aux Marquises dans sa « Maison du
jouir » il avait confectionné une sorte de canne à pêche au bout de
laquelle il accrochait une bouteille d’absinthe et de la fenêtre de l’étage, il
la guidait dans le puits, la récupérait à l’heure de l'apéritif qu’il prenait
seul ou avec des amis. Il souffrait atrocement des suites d’une fracture de la
cheville gauche (suite à une rixe à Concarneau) et de lésions eczémateuses, aussi
pour calmer ses douleurs, devait dit-il : « En plus de la morphine prendre de l’absinthe. »
La
peinture
Lors de
son séjour à Arles avec Vincent van Gogh, les deux peintres travaillaient
ensemble et parfois sur le même sujet comme dans « Au café ». Dans cette scène où, Gauguin représentait ses amis :
le zouave Millet, le facteur Roulin, Mme Ginoux et ses connaissances noctambules
les prostituées, il n’a pas oublié au premier plan, le verre d’absinthe, les
sucres, l’eau de Seltz.
Nous
savons que Paul Gauguin était d’un point de vue de sa santé, un vrai musée pathologique. Pour tous
ses maux, l’absinthe aura été un facteur aggravant. La peinture de
Gauguin était déterminée par ses localisations géographiques (Paris, Bretagne,
Martinique, Polynésie) et par son désir permanent d’approfondir les modes de vie
culturels et religieux de ceux qu’il rencontrait. L’absinthe n’a donc pas joué
le rôle de l’inspiration quand bien même l’homme en était profondément imprégné.
Vincent
van Gogh
L’aveu
C’est
Toulouse Lautrec qui initia Vincent van Gogh à l’absinthe. Ils s’étaient
rencontrés à l’atelier Cormon. Ensemble ils passaient des nuits entières au
café « le Tambourin » nouveau lieu de rendez-vous des néo
impressionnistes. C’est sur les conseils de Toulouse Lautrec que Vincent
van Gogh qui ne se plaisait pas à Paris était parti en Arles. Les témoignages
selon lesquels Vincent consommait beaucoup d’absinthe sont nombreux. Paul
Signac rendant visite à Vincent écrit:
« … n’ayant pas de vraie maison dans cette ville,
il prenait un siège à la terrasse d’un café. Et les eau-de-vie et les absinthes
se succédaient à un rythme rapide »
Vincent lui-même
ne cache pas sa consommation d’absinthe dans la correspondance qu’il
entretenait avec son frère Théo.
Enfin on
peut mettre au compte de l’absinthe les querelles quotidiennes avec Gauguin,
<< Comme chaque soir nous allions au café. Il commandait une absinthe
légère. Soudain il saisit brusquement le verre et me l’envoya au visage
>> On connait l’épilogue :
l’épisode de l’oreille coupée.
La peinture

En septembre 1888 il peint le café de la Gare de
Joseph et Marie Ginoux dont il était pensionnaire, le même café peint par Paul
Gauguin. Les couleurs vives intenses étaient celles qui se trouvaient dans le
bordel de la ville qu’il voulait peindre et qu’on lui avait refusé. Dans « Café de nuit, Arles sept 1888 » de
van Gogh on retrouve les noctambules peints par Gauguin. Ils sont passablement
endormis ou ivres. Sur les tables sont disposés verres et carafes d’absinthe.

Les toiles de Vincent van Gogh montrent que
l’absinthe faisait partie de son quotidien. Mais si dans les deux toiles ci-dessus
il est question de l’absinthe, elles ne sont pas pour autant à verser au compte
de l’absinthisme. A l’inverse dans un autre tableau de Vincent van Gogh « La Nuit étoilée juin 1888 » on pourra
évoquer l’influence de la boisson dans la réalisation de la toile. C’est un sujet
que nous aborderons prochainement dans une analyse du style de van Gogh et des
influences qui ont été les siennes.
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