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30 octobre 2012

L’absinthe vue par les peintres (1ère partie)


                                      ~ Absinthe et absinthisme ~

A propos de l’absinthe

          Depuis le 18 Mai 2011, le citoyen français peut consommer  en toute légalité, un verre d’absinthe, une boisson fortement alcoolisée, qui était interdite en France depuis le 16 mars 1915 ce qui avait valu au pastis de naître. L’absinthe était définie comme une liqueur aromatisée caractérisée par une proportion d’alcool élevée, à la faveur duquel elle tient en dissolution une quantité d’essences : absinthe, anis, fenouil, hysope ou autres essences analogues, telle que l’addition de quelques gouttes d’eau les sépare en un trouble persistant.

          De la plante (la grande absinthe = Artemisia absinthium) utilisée pour ses vertus médicinales (fébrifuge, vermifuge, emménagogue etc.) on était passé à une boisson, un apéritif aux vapeurs envoûtantes et magiques (la Fée Verte). Cette boisson était devenue par l’importance de sa consommation un véritable phénomène de société. Toutes les couches sociales étaient concernées, du petit peuple à la grande bourgeoisie, les hommes comme les femmes, les militaires comme les civils et malheureusement aussi les enfants comme les adultes.

         Dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, celle des changements : politiques, urbains, industriels et artistiques, l’absinthe  s’était vue liée à la vie artistique et littéraire. Elle était omniprésente dans la littérature, la peinture et la presse de tous les jours avec des dessins humoristiques ou acerbes des grands illustrateurs Forain, Poulbot..., C’est d’ailleurs l’art graphique et pictural qui devait attirer l’attention des responsables sanitaires, sur la dangerosité de la boisson, en stigmatisant les graves conséquences sur la santé de son excès de consommation.

          La production artistique graphique et picturale témoin de cette période existe toujours, sous la forme d’une vaste collection de documents. Ces documents, non seulement mettaient en avant le phénomène de société en cause mais surtout, puisque cela allait être la raison de la prohibition de la boisson, montraient les effets délétères de l’absinthisme chez l’individu et sur son comportement.

L’absinthisme c’est quoi ?

          L’absinthisme était défini par Lancereaux, Laborde et Hanriot, comme une forme clinique de l’alcoolisme chronique avec son cortège de troubles neurosensoriels, de troubles de la sensibilité subjective puis objective, auxquels pouvaient s’ajouter avec le temps ou lors d’intoxication aiguë des troubles psychiques et neurologiques notamment convulsifs.

          Pour identifier les conséquences médicales de la consommation exagérée d’absinthe regroupées sous le nom d’absinthisme, il fallait pouvoir lui rattacher des troubles précis. En ce domaine la référence de l’époque était celle du docteur Valentin Magnan psychiatre incontesté de la psychiatrie parisienne. A la suite de travaux personnels il concluait que :

«  L’abus d’absinthe menait aux crises d’épilepsie et à la folie mais aussi à des syndromes dégénératifs dans la progéniture qui pouvaient être transmis sur trois ou quatre générations. »

Les études de Magnan, étaient très vite apparues contestables bien qu’admises par l’Académie de Médecine. Un manque de rigueur dans la pratique de ses expériences avait conduit l’auteur à faire ingérer l’absinthe pure et non pas la boisson et faire inhaler des vapeurs d’absinthe en même temps que celles d’alcool pur à divers animaux. Autant dire que les conclusions tirées de ces expériences étaient peu crédibles.

          Le responsable de l’absinthisme était reconnu comme une des substances contenue dans la grade absinthe : la Thuyone. Elle représente entre 50 et 60% de la composition de l’essence d’absinthe. Il s'agit d'un principe actif qui théoriquement, peut trouver des récepteurs dans le cerveau et ainsi induire des réactions sur l'organisme. Une fois l'absinthe distillée, elle ne contient que très peu de thuyone. En effet, seules les feuilles et les fleurs de la plante d'absinthe sont utilisées pour la distillation, alors que c'est la tige qui contient la majeure partie de la thuyone. Difficile alors de la rendre responsable. D'ailleurs longtemps après l'interdiction de l'absinthe, dans la deuxième partie du XXème siècle, on a su déterminer avec précision le taux de thuyone contenu dans l'absinthe. Ainsi nous savons de nos jours, grâce à la chromatographie gazeuse (1960) que l’absinthe d’avant la prohibition contenait  0,6 mg/l de thuyone soit une dose mille fois moindre que la dose léthale. Par ailleurs il faut savoir que pour obtenir 200mg/l de thuyone il aurait fallu boire cinq litres d’absinthe chose impossible car le degré élevé d’alcool (65 à 72°) limitait quantitativement l’absorption d’absinthe et donc celle de Thuyone.

          Affirmer aujourd’hui que la thuyone ne jouait aucun rôle dans les faits observés exige la recherche d’un autre coupable. L’académie de médecine et le pouvoir politique le connaissait. Leur priorité étant de lutter contre l’alcoolisme chronique, fléau de très grande ampleur en France à la fin du XIX e, ils allaient conjointement se servir de l’absinthe comme bouc émissaire sachant que le taux d’alcool de la boisson était très élevé. La cxampagne de dénigration qui allait aboutir à la prohibition, visait au travers de l'absinthe l'alcoolisme.

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