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25 novembre 2012

L’absinthe vue par les peintres (3ème partie) : Les peintres de l’absinthe.



                                  Les peintres de l’absinthe


Le Buveur d'absinthe 1859

              Dans le Buveur d’absinthe d’Edouard Manet il n’y a rien qui puisse être rapporté à l’absinthisme. Sa toile traite un sujet contemporain devenu à la mode, celui de la consommation de l’absinthe à tous les niveaux de la société. Connaissant Manet on comprend que son intention était toute autre. Il cherchait à provoquer l’Académie et Thomas Couture avec un sujet non académique et non conforme à l’usage du portrait académique en pied. Les méfaits de la liqueur d’absinthe n’étaient donc pas au centre de ses préoccupations. La toile allait logiquement être refusée au salon officiel de 1859.
Manet était attaché à l’image des portraits en pied de Velasquez, c’est donc le genre qu’il adopte pour son buveur d’absinthe. Le modèle était un certain Collardet, chiffonnier non loin du Louvre. Le verre sur le muret et la bouteille d’absinthe qui roule à terre sont les témoins essentiels de la toile.
Il en est tout autrement pour Edgar Degas. Certes lui aussi avait l’intention de peindre un thème moderne. Mais on peut lire dans le traitement du sujet tout autre chose. En effet dans sa toile intitulée initialement « Dans le café » 1876  l'essentiel n'était pas tant le sujet traité, que l'esprit, l'invention et l'habileté déployés pour concevoir et mettre en valeur ce couple d’alcoolique venu tout droit du monde de la bohème.
« L’absinthe » titre donné secondairement (1893), est la plus célèbre représentation de café de Degas. Deux amis, le graveur sur cuivre Marcellin Desboutin et l’actrice Ellen Andrée posent dans le café de la Nouvelle Athènes pour le portrait d’un couple d’amoureux en crise.      
       La femme est avachie, les bras ballants, le regard  perdu dans ses pensées, qui sont loin de concerner son voisin. Le verre d’absinthe est là, elle n’y a pas encore touché. L’homme le coude posé sur la table se contente de regarder ailleurs. C’est la femme qui va boire l’absinthe et non l’homme.
 Dans un café ou l'Absinthe 1876
       Une vue plongeante, une pose excentrée du couple, la disposition particulière des tables, donnent nettement l’impression d’une indépendance de relation dans ce couple. Bien qu’ils soient assis l’un à côté de l’autre on imagine la distance qui les sépare. Elle est autant physique que mentale et matérialisée par la position d’Ellen Andrée dont le corps est déjeté sur la droite de la table sans pied.
       Cette toile exprime au plus haut point ce que disait Degas quand il expliquait  vouloir  « …..  Portraiturer des personnages dans leur attitude habituelle typique, surtout choisir pour leurs mines la même expression que pour leur corps » Ici, la tristesse des visages s’accorde  avec l’attitude négligée du corps et les vêtements délabrés. Les reflets sombres derrière eux sont là comme l’expression de l’aliénation, ils intensifient l’isolement des deux personnages.
       Il a été souvent dit que Degas s’était inspiré de « l’Assommoir » de Zola pour sa toile. Or dans ce roman sorti un an après l’apparition de la toile il est plus question d’eau de vie que d’absinthe. Degas, avait sans doute trouvé son inspiration dans le livre des frères Goncourt « Germinie Lacerteux » paru en 1864 et dans lequel il est question de la déchéance d’une jeune gouvernante à cause de son goût, trop prononcé pour l’absinthe.
S’il fallait démontrer que l’absinthe était un vrai phénomène de société les toiles de Manet et plus encore celle de Degas sont bien là pour en apporter la preuve.

11 novembre 2012

L’absinthe vue par les peintres (2ème partie) : Les peintres de l’absinthisme


Les peintres de l’absinthisme
          De nombreux peintres ont su saisir l’expression du visage et le comportement des buveurs chroniques d’absinthe une boisson fortement alcoolisée. Leurs toiles donnent des images on ne peut plus parlantes sur ce qu’était censé représenter l’absinthisme.
Nous découvrons ainsi des absinthiques dont :
Les traits du visage sont ceux d’un alcoolisme chronique au sein duquel quelques nuances peuvent témoigner semble-t-il de la consommation d’absinthe. Dans la toile de Gustave Bourgain. Le regard fixe, la cravate défaite, des mains croisées qui dissimulent les tremblements, sont autant de signes attirant l’attention sur les habitudes alcooliques du sujet. Mais le front pâle de cet alcoolique est plus à mettre sur le compte de l’absinthe (effet vasoconstricteur) que sur celui de l’alcoolisme qui génère habituellement une érythrose.
                                         Le Buveur d’absinthe 1881, Gustave Bourgain
L’attitude du corps est figée, aucun mouvement n’est perceptible. Dans cette toile, non seulement il s’agit d’un déshérité, mais aussi de la misère de l’homme, celle de l’homme alcoolique.   Son regard est fixe et absent, la pensée lointaine, assis de travers sur une chaise, immobile appuyé sur la table, le coude contre le verre d’absinthe ; de sa main il serre le genou gauche plus qu’il ne le tient comme s’il en souffrait, à moins que ce ne soit pour conserver son équilibre.
Le Buveur d’absinthe 1885, J.F. Raffaëlli
L’isolement  corporel et cérébral  apparait ici très intense, le regard est lointain, l’esprit absent. Le faciès, le hâle de la peau, le délabrement des seuls habits sont typiquement ceux de l’alcoolique invétéré. Ici encore on note une pâleur qui apparait d’autant plus intense sur le front qu’il existe une importante érythrose sous jacente.
                                                           Le Buveur d’absinthe – Daniel Ihly, 1902


La mort parait imminente souvent annoncée par des crises d’agitations psychomotrices assimilables au délirium tremens bien connu lors du sevrage alcoolique et lors des crises aigües alcooliques.
Buveuse d’absinthe    vers  1903  Kees van Dongen 
 
Face à de telles représentations du « Buveur d’absinthe » les autorités médicales et politiques détenaient suffisamment d’arguments pour proposer l'interdiction de la production et de la consommation de l’absinthe. Mais les choses se sont avérées assez laborieuses car d’une part la production de l’absinthe faisait travailler des milliers de gens et d’autre part l’absinthe rapportait au Trésor Public 45 millions de Francs Or sous forme d’impôts et de taxes diverses. Il aura fallu attendre la fin de la guerre de 14 et la déclaration d’un commandant insistant sur une perte d’hommes plus importante du fait de l’absinthe que par fait de guerre, pour que les autorités se décident à céer la Loi de la prohibition de l’absinthe.


 
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