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18 octobre 2013

Le calvaire de Frida Kahlo (suite)


          En 1946 Frida Kahlo a subi une opération de la colonne vertébrale à New York. Cette arthrodèse, intervention délicate et dangereuse compte tenu de l'état général de la patiente n'avait pas produit tous les bienfaits que les médecins en attendaient. Frida était sans doute elle même responsable pour ne pas avoir suivi à la lettre les recommandations de ses médecins. Elle n'avait alors qu'une idée en tête, celle de se remettre à peindre. C'est ce qu'elle devait faire,  cherchant toujours à exprimer les souffrances, les mutilations, occasionnées par les nombreuses interventions neurochirurgicales dans ses toiles. "Arbre de l'espérance, reste ferme 1946" est à ce titre une toile importante.
          Elle a été peinte après l'opération faites à New York, pour un de ses mécènes à qui elle racontait son calvaire physique "rien que le résultat de cette foutue opération". Dans sa lettre elle lui parlait du tableau et de cicatrices : Dans ce tableau j'y suis assise au bord d'un précipice - le corset de cuir à la main. Derrière je suis couché sur une civière - le visage tourné vers le paysage - une partie du dos dénudé où l'on voit la cicatrice des incisions que m'ont faites ces putains de chirurgiens."



                         


                                     Arbre de l'espérance, reste ferme 1946

          Un étrange tableau où Frida mettait en avant ce qu'elle avait convenu d'appeler - son double -. On peut voir en effet deux Frida. L'une, réelle, côté jour sous la lumière du soleil, encore anesthésiée et enveloppée dans un drap blanc. Elle vient de sortir de la salle d'opération, allongée sur un brancard, son dos nu laissant voir deux cicatrices. L'autre Frida, est celle qu'elle voudrait tant être dans le coeur de Diego Rivera son mari. Elle est vêtue d'un costume Tehuana rouge sang, tenant de sa main gauche une pancarte portant mention : Arbre de l'espérance tiens toi droit et de sa main droite un corset destiné à l'autre Frida. La première est en situation de sommeil comme morte, la seconde vivante au bord d'un précipice et donc en situation fragile. Ces deux Frida n'ont pas d'autre environnement qu'un paysage triste au sol crevassé qui reprend le dessin des cicatrices de Frida.
          Il y a dans ce tableau la lecture d'une souffrance physique et morale consécutive à l'opération subie. Frida veut sinon la partager du moins la faire connaître à son mari Diego. Elle lui délivre en même temps un autre message clair, celui de l'existence des deux Frida : "Tu refuses la Frida maintenant blessée et affaiblie. Tu refuses la Frida mexicaine et forte qui regarde l'avenir droit devant elle." Cette dualité du personnage est encore soulignée par les deux moitiés du tableau : Frida malade dont le corps est revigoré par la chaleur du soleil et la Frida pleine de vie rêvant d'un mieux être la nuit au clair de lune.

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